Préface
Louange à Allah, Seigneur tout Miséricordieux et infiniment Sage qui, dans Sa bonté, a révélé Sa parole au dernier des prophètes avec pour mission de la transmettre à toute l’humanité. J’atteste qu’il n’est de divinité digne d’être adorée qu’Allah et que Mouhammad est Son serviteur et Messager, qu’Allah le couvre de bénédictions, ainsi que sa famille et l’ensemble de ses compagnons.
Traduit le Coran ne peut être qu’une décision difficile à prendre pour un musulman. Plus de dix années d’expérience dans la traduction, avec une cinquantaine d’ouvrages traduits, dont la plus fameuse exégèse coranique, le Tafsîr ibn Kathîr, près de dix années d’étude du dogme musulman, de la grammaire et de l’éloquence arabes, de la jurisprudence islamique, de l’exégèse et des sciences coraniques, dans la faculté des sciences islamiques de la Mosquée du Prophète à Médine, n’y font rien et pèsent somme toute bien peu devant ce projet que le musulman ne peut aborder qu’avec la plus grande humilité. Comment pourrait-il en être autrement alors qu’il s’apprête à restituer dans une autre langue la parole du Seigneur de l’univers ?
Celui qui entreprend de traduire le Coran est donc nécessairement tiraillé par une question qui ne le quittera jamais : suis-je à la hauteur d’un tel projet ? La réponse est évidemment négative. Nul traducteur, quelles que soient ses compétences, ne saurait rendre la magnificence d’un style que seul celui qui est initié à la langue arabe pourra ressentir, ni le rythme palpitant de ses versets, ni même la précision de ses enseignements. Tout au plus pourra- t-il laisser deviner l’infinie sagesse de ses préceptes. Car un être foncièrement imparfait, même guidé par les meilleures intentions, ne saurait retranscrire les significations sublimes de la parole de l’Être qui possède tous les attributs de perfection.
Celui qui entreprend de traduire le Coran se pose d’emblée une autre question : que vais-je apporter au lecteur francophone qui a déjà à sa disposition de nombreuses traductions ? Ces dernières, dont le nombre dépasserait la cinquantaine, peuvent être classées en différentes catégories : la première, celle des orientalistes, se caractérise souvent par une littéralité forcée que n’autorisent ni les règles communément admises de la traduction qui veulent que l’on ne traduit pas les mots d’un texte mais sa signification, ni les savants de l’islam pour lesquels il ne peut y avoir, il ne doit y avoir, de traduction du Coran, mais seulement une traduction de l’exégèse coranique. Entrent dans cette catégorie les traductions de Denise Masson, l’une des plus agréables à lire, de Jacques Berque ou de Régis Blachère. Plus étonnant de la part de ces orientalistes réputés, la présence de grossières erreurs de traduction que l’on a, là aussi, beaucoup de mal à s’expliquer, si ce n’est par une consultation trop superficielle des exégèses coraniques ou par le fait qu’une langue apprise ne sera jamais maîtrisée comme une langue maternelle.
On ne retrouve donc pas cette lacune dans la seconde catégorie, celle des traducteurs arabes francophones et musulmans qui nous offrent les meilleures traductions disponibles, en particulier le Mauritanien El-Mokhtar Ould Bah et le Marocain Mohammad Chiadmi qui, malgré quelques lourdeurs de style, ont su parvenir à un certain équilibre entre la fidélité au texte et la fidélité à la langue française.
Tout traducteur se doit en effet d’éviter deux écueils : le premier, une littéralité exagérée aux dépens de la beauté du texte initial, le second, la recherche du style dans la langue d’arrivée, en l’occurrence le français, au détriment de la fidélité au texte que l’on souhaite retranscrire. Le bon traducteur est donc celui qui est capable de parvenir à un juste équilibre entre les contraintes du style et la fidélité au texte. Nous avons nous-mêmes été maintes fois confronté à un dilemme dans le choix d’une tournure plutôt qu’une autre, l’une collant mieux au texte, l’autre d’un style plus pur. Nul doute que, de ce point de vue, les traductions d’El-Mokhtar Ould Bah et de Mohammad Chiadmi. Faut-il l’expliquer par leur parfaite connaissance de la langue arabe, par leur mise à profit plus systématique des exégèses coraniques ou encore par la sincérité et la ferveur qui, on peut le supposer, ont accompagné ces deux musulmans dans leur démarche ?
Pourquoi donc y ajouter celle-ci ? Peut-être pour pallier un manque : l’absence - ou la quasi-absence - de traducteurs appartenant à une troisième catégorie, celle de Français musulmans, de traducteurs formés à « l’école de la République », dont le français est la langue naturelle, maternelle si l’on peut dire, et l’islam la religion. Peut-être aussi pour ajouter nous-même notre pierre à cet édifice puisqu’il n’existe pas et n’existera jamais de traduction parfaite du Coran, mais seulement, comme aiment à le rappeler certains titres, des « essais de traduction du Coran ».
Autre raison qui nous a poussé à entreprendre cette traduction, ce constat : nombreux sont les versets qui, rendus de manière brute par les traducteurs, aussi doués soient-ils, sont tout simplement incompréhensibles, nécessitant un minimum d’explication et de clarification. Nous nous sommes donc fixé cette règle : ne laisser aucun verset obscur pour un lecteur non averti sans en éclairer le sens et ce, à l’aide de près de mille cinq cents notes de bas de page tirées des exégèses de référence : Tafsîr At-Tabari, Tafsîr ibn Kathîr, Tafsîr Al-Qourtoubi, Tafsîr Ach-Chawkâni, Tafsîr Al-Baghawi, Tafsîr ibn Al-Jawzi, Tafsîr As-Sa’di, Tafsîr ibn ‘Achour, et d’autres encore, en tout une quinzaine d’exégèses auxquelles nous nous sommes référé de façon systématique, ne traduisant aucun verset sans consulter tout ou partie de ces précieux commentaires.
Précision importante, les noms et attributs divins ont été traduits ici conformément à la croyance des premières générations de musulmans. Sans la nécessité évidente d’informer le lecteur, avant qu’il n’en débute la lecture, de l’objectif visé par cette traduction et de la méthodologie observée, ces quelques mots auraient plus naturellement trouvé leur place dans une postface car, en réalité, il ne convient ni de préfacer le Coran, ni de faire précéder la parole du Seigneur de toute autre parole.






